Envoyé Spécial a re-diffusé récemment un documentaire sur l’huile d’argan, la nouvelle star des produits cosmétiques, des spas et des recettes de cuisine « tendance ». Avec ses vertus anti-oxydantes et sa saveur de noisette grillée, elle est très recherchée depuis quelques années. Mais cette huile illustre aussi une exploitation parfois abusive du « commerce équitable » et des bienfaits affichés sur les packagings de nos produits.
femme travaillant les noix de l’arganier pour extraire l’amandon
Une huile marocaine aux pouvoirs anti-oxydants
Les femmes berbères s’en servent depuis toujours pour la cuisine, à l’heure du thé par exemple ou pour les nourrissons, et se protéger du soleil. Elle est produite à partir des noix de l’arganier, qui ne pousse qu’au Maroc.
Les noix, une fois concassées, livrent des amandes qui seront grillées au feu de bois et pressées pendant des heures dans un moulin. La pâte obtenue est ensuite malaxée progressivement avec de l’eau. Produire un litre d’huile d’argan est très fatiguant, prend toute la matinée, et nécessite les fruits d’une dizaine d’arbre. On comprend pourquoi c’est l’huile la plus chère du monde.
L’huile d’argan, mais comme d’ailleurs l’huile de Colza, peut atténuer le cholestérol, mais n’est pas « miraculeuse ». Elle apporte certains acides gras, qui sont peut-être déficients dans les habitudes alimentaires de certaines populations, comme au Maroc, mais qui ne le sont pas forcément dans notre alimentation.
Une production qui bénéficie aux femmes
Mais ses capacités de re-génération de la peau ont surtout permis un développement commercial de cette huile qui profite aux populations locales, et plus particulièrement les femmes berbères. Quand elles se regroupent sous forme de coopérative, les bénéfices sont répartis entre elles et elles gagnent ainsi 5 €/jour, 2 fois plus que lorsque la coopérative n’existait pas. Cela leur permet ainsi de gagner une autonomie financière.
Exploitation des femmes et utilisation abusive sur les packagings
Certaines boutiques qui fleurissent au Maroc, et qui se présentent comme des coopératives, ne font pas profiter les femmes qu’elles emploient des profits réalisés à partir de leur travail. D’autres proposent de l’huile de tournesol comme de l’huile d’argan.
Et avec l’explosion de la demande internationale, notamment française, l’exploitation des femmes se fait aussi par les groupes pharmaceutiques. Ainsi, le groupe français ABSIM, travaille avec des sociétés qui payent les femmes 2,5 €/jour.. La question du tarif réside dans la traduction, remise en cause par la journaliste du reportage, mais aussi sur le forum de france2. Donc on ne sait pas qui croire… De toute manière, le responsable le reconnait lui-même, « plus le client est gros, moins il fait de commerce équitable ».
Enfin, la plupart des produits que l’on retrouve en supermarché (shampooing, masque, savon) et qui affichent clairement le terme « huile d’argan » sur leur packaging contiennent en général, une fois analysés, moins de 2% d’huile d’argan !!! Bien trop peu, selon les dires même d’une dermatologue interrogée, pour se prévaloir des bienfaits que l’on peut espérer uniquement avec de l’huile pure.
L’arganier : un enjeu écologique
L’arganier, le fameux arbre avec ses chèvres posées sur les branches, disparaît. Chaque année, ce sont 600 Ha qui disparaissent à cause de la sécheresse et des cultures maraîchères, qui rapportent pour l’instant plus d’argent mais qui consomment beaucoup d’eau, ne sont pas adaptées à ces climats et ne luttent pas contre la progression du désert. L’Union européenne a ainsi financé la plantation de 40.000 arbres. Il faudra attendre 10 ans pour voir s’ils produisent une huile d’aussi bonne qualité….
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